grand rond 2010

voici le texte écrit collectif, réalisé et proposé en 2011 par les participants de l’atelier. Pour ceux qui sont curieux de découvrir Alphonsine.

un joli projet !

vous pouvez aussi voit les vidéos captées lors des lectures au théâtre du grand rond ici .

 

un peu d’ici, un peu d’ailleurs

un grand sourire, des yeux rieurs

La main tendue, le cœur rêveur,

Toujours ici parfois  ailleurs.

 

On la rencontre et elle s’estompe

Si on l’approche elle s’effiloche

On lui sourit, elle est partie

 

Toujours entière, insaisissable

un peu d’ici, un peu d’ailleurs

la tête en l’air, et l’air rêveur

Toujours ici  même si ailleurs

 

Je l’avais aperçu sur une plage, elle était assise sur les rochers les pieds dans le vide et ses longs cheveux blancs dans le vent.

Elle semblait parler à la mer et détricotait un grand châle blanc c’était comme si elle se vidait.

Son corps semblait rétrécir, – – sa voix devenait – plus profonde, – plus grave, – – elle parlait sans jamais s’arrêter.

Un jour, j’ai vu l’écheveau de laine flotter dans l’eau, les poissons s’amusaient à passer entre les mailles.         A sa place sur le rocher j’ai trouvé un cahier.

Sur la dernière page, le nom d’un village, j’y suis allé, c’est là qu’ils m’ont raconté son histoire, enfin … leur histoire.

Ils l’avaient trouvé dans le grand champ près de la rivière, – – – elle s’était installée sur un petit siège pliant sorti dont ne sait où, – – un sac qui avait déjà beaucoup voyagé posé à ses pieds.

Elle tricotait une sorte de grand châle blanc en mailles très larges.

Au début ils avaient cru qu’elle était de passage,- –en transit sur son transat, mais elle était restée.

Ils l’avaient appelé Alphonsine sans trop savoir pourquoi. Pas plus qu’ils ne savaient pourquoi elle les avait choisis.

Elle était là,- – toujours au même endroit. Personne n’avait jamais entendu le son de sa voix, – – – ils venaient la voir, – lui parler, – ils venaient aussi s’asseoir à côté d’elle sans rien dire.

Chaque jour ils lui apportaient quelque chose à manger. – – Elle était : reposante, apaisante. Elle les connaissait tous, et eux ne savaient même pas comment elle s’appelait. Elle était là, c’était ça le plus important. 

 

Pour moi, elle a un visage, lumineux 

sans l’ombre d’une ride, 

pourtant, elle apparait comme une voleuse de clarté aux yeux des sombres.

Elle est entourée du silence

de ceux qui ont quelque chose à dire.

Sur sa robe à fleurs les insectes se posent,

 comme sur des leurres

 et se fondent dans la jungle botanique

 du tissu qu’elle laisse ouvert aux 7 vents.

Le ciel, c’est son terrain de jeux favoris.

Avec  elle, parfois, tu peux planer au-dessus de tout.

Sans ses ailes, tu peux t’abîmer dans l’acier d’une eau grise et verte.

Mais si elle t’écoute

 tu pourras

 en posant tes yeux sur sa peau 

voir sécher ton chagrin 

comme un bout de cuir sous le soleil.

 

Ils venaient tous se confier à elle. – – Elle savait écouter.

Comme elle ne parlait jamais, ils en avaient déduit qu’elle était muette.

Muette comme une tombe, et ça les arrangeaient bien.

C’était une laveuse d’âme. – – – Ils venaient se faire consoler, se confier. – – Elle les regardait, – leur souriait et continuait de croiser ses aiguilles dans le grand châle blanc qui ne cessait de grandir.

 

Je ne l’ai vue que dans l’ombre, à croire qu’elle se cache du genre humain. Comme si elle avait commis quelque délit  ou qu’elle était particulièrement sauvage. Certains la décrivent comme une voleuse. Elle a manifestement de multiples facettes.
Quoiqu’il en soit, personne/ n’a jamais/ mentionné/ une quelconque discussion avec elle. Toujours silencieuse, insaisissable.

Hier matin, elle avait mis une robe à fleurs, c’est tout ce qu’elle portait…

 On dit sur elle tant de choses bien singulières.

 

Elle attendait toujours assise sur son petit siège,son petit sac à ses pieds, elle était toujours là. Plus personne ne savait quand elle était arrivée. Ils avaient l’impression qu’elle était là depuis toujours. Elle était la confidente des amoureux,la guérisseuse de tous les maux. Sa présence était devenue aussi évidente que l’église sur la place du village.

 

On vous l’a dit peut-être, j’ai perdu ma mère il y a           quelques années.

Je me suis   occupée   de ses affaires     avec ma sœur.

On accumule tellement de choses au cours d’une vie,

il nous a fallu     du temps     pour       tout     mettre en ordre.

Figurez-vous     qu’on a mis la main     sur un morceau   de papier   tout usé.

On a eu   du mal     à le déplier sans   l’abimer complètement,     mais on a   réussi.

Un papier   d’écolier,    très délavé,     surtout au niveau des pliures,

quelques mots   encore lisibles,     et     la signature,       écrits   à l’encre   violette.

 

Vous pensez peut-être que je fais bien des histoires   pour un vieux morceau de papier,

Mais   attendez…

Le message   semblait   illisible,       mais   pour nous,   c’était parlant

parce que     nous connaissions l’histoire,   par notre mère,

qui nous l’avait     souvent     racontée.

Vous voulez la connaître ?

Vous savez,   cette histoire,     elle a bercé mon enfance.

 

Carmen,     et Georges,     étaient amoureux.     Deux adolescents,

à une époque       où   on – ne – plai-san-tait – pas   avec     la morale.

Voyez-vous,     notre     mère   avait      fauté,   comme on disait   en ce temps là.

tout de suite après,     il y avait eu     les regrets :

On ne l’avait pas élevée comme ça,     et elle avait peur,

peur qu’on sache,         peur des autres….

Sans explication,     sans qu’il puisse   comprendre,      elle avait repoussé Georges.

Il avait juste pu     se débrouiller       pour glisser     un mot         dans son   cartable.

Un peu plus tard,     la famille,       hor-ri-fiée,             avait jeté Carmen     de-hors,

sous prétexte         qu’elle- les- cou-vrait- de – honte !     Vous pensez !

Elle s’était     retrouvée     seule,         fragile         et perdue.

 

Vous l’avez compris.

Nous sommes nées sans père,                     les deux filles   jumelles   de Carmen,

Elle   n’a –   plus – ja-mais –   eu –   d’homme         dans sa vie,

mais elle nous a   souvent   parlé     de Georges        et du mot

qu’elle avait trouvé et conservé, sans   jamais nous le montrer.

Au fil du temps,          elle avait fini   par trouver   la paix,            au point     d’oublier     le message         quelque part.

Et le voilà         qui réapparaissait,

Pour nous,             c’était une ré-vé-la-tion :         Georges avait     vrai-ment     existé !

Il avait     vrai-ment       é-crit     ce mot,

et     peut-être       même             qu’on     le   retrouverait…

 

Avec ma sœur,     on le cherche toujours :

un message     effacé,       c’est bien peu comme indice,       vous savez…

 

Petit à petit ils s’étaient mis à parler d’elle dans les environs, – – des étrangers venaient interroger les habitants du bourg pour connaître l’endroit exact où elle se trouvait.

C’était dans le champ du père Léonce qu’elle était venue s’installer.

Il ne faudrait pas qu’elle aille ailleurs, il ne faudrait pas qu’elle parle, elle détenait les secrets de tous les habitants.

Elle faisait partie du village au même titre que les vieilles pierres d’enceinte qui le protégeaient des regards indiscrets.

 

Je ne sais pas si vous êtes superstitieuse Alphonsine ?

moi le chiffre 7 me porte chance, c’est pour ça  que j’avais décidé de programmer mon départ pour Venise un 7 juillet,

la chance, c’est  sur ça que je misais.

Ma demande de bourse pour mes études d’architecture à Venise m’avait été refusée,

et

Seule la chance pouvait me permettre de réaliser ce projet malgré tout.

 

Pas de billet numéroté sur les vols low cost,

donc j’arrivai tôt pour m’assurer de la vacance du siège numéro 13.

Je m’installai et je pensai à ma mère et à son énergie communicative,

ça me donna l’envie de converser avec mon voisin. Pas de destin sans rencontres.

 

Le type portait des chaussures rigides et étroites qu’il retira et empila l’une sur l’autre.

Je dus détacher ma ceinture pour atteindre les chaussures et les remettre côte à côte,

éloignant ainsi tout malheur éventuel.

L’homme s’amusa de ma conduite.

En me relevant j’observai les chaussettes de mon voisin :

le fait qu’elles soient de deux couleurs différentes me rassura, ça éloigne les malheurs.

Je sais bien que mes petites manies peuvent vous sembler ridicules, Alphonsine.

Ma mère me le dit souvent aussi.

 

Je passai alors à la phase active de la rencontre : la conversation. 

« – Vous partez en vacances ?

–          Non, je vis à Venise.

–          Moi aussi, enfin bientôt, enfin si tout va bien. »

L’homme, proche de la cinquantaine, était architecte, Français, installé à Venise depuis 30 ans.

Il était tombé amoureux de cette ville pendant ses études et ne l’avait jamais quittée. Il donnait également des cours à l’université.

Vous voyez on pouvait dire que jusque là la chance me souriait à pleines dents.

Je me crispai soudain en réalisant qu’on était vendredi… je portais un chemisier blanc ! Erreur de débutante : le malheur allait s’abattre sur moi.

Je repris le fil de la discussion tout en égrenant dans ma tête le contenu de mon sac à main :

bon sang n’y avais-je pas fourré un gilet ?

Je pourrais l’enfiler sur mon chemisier et je le dégraferais discrètement pour le retirer en le tirant par une des manches.

Ouf ! Le petit cachemire était pelotonné au fond du sac.

Avec un sourire naturel j’exécutai mon plan,

regardant mon interlocuteur droit dans les yeux avec un sourire figé.

De plus en plus amusé, il se mit carrément à rire quand,

quelques minutes avant l’atterrissage, il me vit ruisseler de transpiration dans mon cachemire. 

 

Les passagers se levèrent et nous allions prendre congé l’un de l’autre quand nous décidâmes d’échanger nos coordonnées.

L’homme habitait sur l’île du Lido mais avait un petit studio à Venise qu’il louait ou prêtait.

Alphonsine, je n’y croyais pas moi-même :

Vous imaginez, c’était exactement ce dont j’avais besoin.

Il me tendit sa carte, et moi un post-it. Nous blêmîmes simultanément.

Il était président du jury de bourse et avait trouvé mon sujet minable, j’avais fait appel de la décision, invoquant le jugement réactionnaire et passéiste dont j’avais été victime.

Ma tête se remplit de chats noirs passant sous des échelles.

Je vois bien à vos yeux noirs comme mes chats que vous vous riez de moi.

Au fond vous ressemblez ma  mère, la parole en moins.

 

Progressivement,   des inconnus avaient commencé à venir dans le village. C’était la première fois depuis qu’elle était arrivée que l’on pouvait sentir des tensions. Le soir, ils tenaient des réunions chez le maire afin de réfléchir à l’évolution de la situation.

Pour l’instant rien n’avait changé – mais ils s’interrogeaient sur les conséquences que pourrait avoir l’afflux d’étrangers.

Certains se dirent qu’ils pourraient en profiter et virent une manière d’arrondir les finances du village, mais il ne faudrait surtout pas qu’elle parte ailleurs, sa présence était devenue essentielle.Ils étaient tous d’accord sur une chose,~ Alphonsine était à eux et elle devait rester ici.~ 

 

Je me présente : je m’appelle Auguste Moreaux, détective privé.

C’est le maire du patelin d’à coté qui m’a dit que je pourrais vous cueillir dans le coin.

Faut vous dire que chuis pas d’ici, chuis là pour affaire. C’est drôle de rester là au bord de cette rivière jour après jour !

Remarque, vous ne devez pas vous ennuyer avec toutes ces personnes qui viennent vous voir.

Je vous dérange pas au moins, vous avez pas l’air très causante. C’est pas que j’aime la poule qui caquette mais j’aurais besoin de votre avis, il paraît que vous êtes un peu une guide pour les gens du coin. Vous êtes pas une sorcière au moins ?

Vous tracassez pas je vais m‘assoir là sur la pierre .

Vous pouvez continuer votre laine pendant que je cause, ça dérange pas.

Je travaillais pour une bourgeoise. Une, pas du genre à avoir la chatte qui miaule si vous voyez ce que je veux dire.

 

Vous la connaissez peut-être, elle habitait dans le premier village sur la route principale. Sa maison c’était la grande bicoque aux volets bleus sur la place de l’église.

J’en parle au passé parce qu’elle est plus de ce monde, mais j’y viens, soyez pas impatiente.

Que des malheurs qui lui arrivaient à ma bigote depuis quelques temps, à croire qu’elle avait fâché son dieu !

Elle était persuadée d’être victime d’une malédiction. Paix à son âme.

Elle m’avait embauché pour que je retrouve une boîte à couture qu’elle avait égarée.

Une véritable œuvre d’art

Un affamé qui traîne dans le milieu des arts et de la brocante à Paris m’a raconté,

que la boîte a été forgée par le mage Amir el Moussahoui sur ordre du prince Abdala II de Jordanie au temps des croisades, pour être offerte à la future princesse.

Le mage a lié un sort puissant à son œuvre. L’objet ne doit appartenir qu’à des femmes. Celle qui le possède, doit au terme de sa vie, l’offrir à une connaissance de son choix.

Elle ne doit pas être transmise de mère en fille/ et en aucun cas la chaine ne doit être brisée.

Si ces règles sont respectées, la boîte à couture assure bonheur et prospérité. Malheur à celle qui brise la chaine.

Jusqu’à aujourd’hui jamais le pacte n’avait été rompu.  

Y ‘a deux semaines on avait rendez-vous avec ma rombière. Je suis allé la voir dans sa grande maison et je lui ai raconté tout ce que j’avais découvert.

Elle était sous le choc la pov dame.

Et Voilà t’y pas que le lendemain j’apprends que ma cliente était morte. Comme ça, sans qu‘on sache vraiment pourquoi.

Faut dire qu’elle avait toujours l’air d’avoir un barillet dans le cul, le coup a du finir par partir tout seul

Si je vous raconte tout ça, c’est que j’ai causé avec la flicaille du coin qui mène l’enquête.

On en est venu à parler d’une femme qui vivait au bord de la rivière et qui passait son temps à croiser les aiguilles.

Vous dites rien ? C’est dommage. Mais vous avez raison, des fois vaut mieux tenir sa langue.

En tout cas si jamais vous avez besoin d’un détective, n’oubliez pas l’Auguste. Auguste Moreaux, le meilleur détective de la capitale !

 

Alphonsine n’avait qu’une chose à faire, les écouter, et se taire en souriant.

Le médecin avait proposé qu’on l’installe dans l’église,ou dans la maison vide d’Albert, ce qui permettrait de filtrer les visites en installant un gardien à l’entrée.

Le notaire avait même proposé de lui offrir une petite rente pour la motiver à accepter.Après tout elle était devenue indispensable :    depuis qu’elle était arrivée,     son silence avait absorbé toutes les querelles du pays.

 

Vous avez des enfants, vous ? Moi, j’ai jamais voulu. Devoir me sacrifier pour des gosses, merci bien ! En tous cas, c’est ce que je prétendais jusqu’au jour…mais, bah ! Je me demande pourquoi je vous raconte ça …

Bon, vous ne me répondez pas ? Je me lance ! Voilà : je me promenais dans les champs qui bordent le village. On était en automne, il avait beaucoup plu et le sol était détrempé. Et là, j’entends qu’on m’appelle. C’était bizarre parce que j’aurais juré que j’étais seule à me promener ce soir-là. J’entends : « psst, psst, par ici ! ». Je me retourne et je les vois : des jumelles d’une douzaine d’années, habillées à l’identique d’un tee-shirt bleu et d’un pantalon vert. Elles se tenaient dos à dos, immobiles et bras ballants, reliées l’une à l’autre par leurs longs cheveux noués ensemble. Leurs têtes étaient tournées vers moi et elles me lançaient des regards désespérés.

Je me frotte les yeux et je leur demande ce qu’elles font seules dans ce terrain boueux, attachées comme ça. Je fais un pas vers elles. Aussitôt, elles se mettent à hurler qu’il ne faut pas que j’approche, que je risque d’être victime moi-aussi de la malédiction.

Oui, je sais ce que vous allez me dire, encore des contes à dormir debout, comme on se les raconte dans le village depuis la nuit des temps. Mais là, c’était un peu différent : d’après ce qu’elles disaient, il s’agissait du courroux des dieux ! Ils les avaient condamnées à rester là soudées par les cheveux, le corps paralysé tandis que leurs pieds s’enfonçaient lentement dans la tourbe. Pourquoi tant de haine me direz-vous ? Eh bien, d’après ce que j’ai compris, ces jumelles s’aimaient tellement qu’elles s’étaient juré de ne jamais se séparer. Jaloux de leur bonheur, les dieux les avaient prises au mot: ils les avaient transportées de leur maison dans ce champ gluant et les avaient plantées là, liées l’une à l’autre. Tandis qu’elles me parlaient, elles s’étaient déjà enfoncées jusqu’aux genoux. Et elles pleuraient, elles me suppliaient de les aider. Elles disaient qu’il fallait que je calme la colère des dieux. Elles en avaient de bonnes ! Qu’est-ce que je pouvais faire puisque je ne pouvais pas les toucher ? J’ai bien essayé de m’agenouiller dans la boue et de marmonner une vague prière, mais elles continuaient à s’enfoncer. Je me suis rappelé alors mes études classiques: pour apaiser les dieux, les Anciens avaient recours à des sacrifices. Mais que leur offrir ? Dans ce champ désolé, nulle victime…à part…à part…moi ! Me sacrifier pour ces deux petites ? Vous auriez fait quoi à ma place ? J’ai fermé les yeux et j’ai fini par me résigner. Il n’y avait pas d’autre solution, elles étaient ensevelies jusqu’aux hanches ! Alors, j’ai pris mon sac, je l’ai ouvert en tremblant, j’en ai sorti le petit couteau qui ne me quitte jamais et, sous les yeux effarés des fillettes, j’ai relevé d’une main mes longs cheveux et de l’autre, j’ai commencé à les taillader.

 

Tous étaient prêts à payer pour garder la paix dans le village et la paix portait le doux prénom d’Alphonsine. C’était décidé, le lendemain à la première heure ils lui proposeraient de venir s’installer dans la maison d’Albert.

 

Au petit matin, habillés comme pour un dimanche de messe, ils s’étaient tous retrouvé devant l’église afin d’aller faire part de leurs propositions à Alphonsine.

En arrivant dans le champ, ils découvrirent le petit fauteuil vide, Alphonsine était sans doute partie faire un tour, se dégourdir les jambes.

Ils voyaient le fauteuil vide pour la première fois – ils se rassurèrent en voyant que le sac était toujours là. – Ils en profitèrent pour répéter une dernière fois ce qu’ils allaient lui dire.
A midi Alphonsine n’était toujours pas revenue, l’inquiétude commençait à se faire sentir, d’autant plus que quelqu’un avait fait remarquer que le grand châle n’était plus là non plus…

 

Alphonsine a disparu, s’est-elle envolée, s’est-elle cachée?
Dans un tronc d’arbre on la retrouvera peut-être, pelotonnée dans une chapka. Est-ce qu’elle a froid? La rosée du matin a sûrement trempé sa chevelure brune.

On la retrouvera peut-être en Italie. On lui offrira un café. Un café fumant pour la réchauffer.
On la retrouvera peut-être en train de se réveiller au milieu des glaces du pôle…
On la retrouvera peut-être à Londres… Elle aura marché droit devant elle, un pas après l’autre, et usé ses souliers sur un vélo rouillé. Elle l’aura peut-être laissé sous un pont pour continuer à pied. Ses réserves de nourriture terminées, il lui restera des noyaux semés le long de son chemin.
Elle mange peut-être maintenant les rares serpents croisés ou les vers de terre. Aucune voisine ou voisin pour l’accompagner. Aucun but à atteindre, juste marcher, un minuscule sac sur les épaules, jusqu’au plus haut du monde et basculer de l’autre côté.

 

S’il lui était arrivé quelque chose ?

C’est le curé qui prit la parole proposant de rentrer dans l’église pour prier, il voyait dans la disparition d’Alphonsine un signe de dieu en réponse à la désertion de son église. La confession à un vrai curé garantissait le secret éternel, tandis que la confession à la première venue, forcément ça ne garantissait rien du tout.

 

 

Alphonsine ne revenant toujours pas, le maire proposa d’ouvrir le sac, – – – cas de force majeure…

Il l’ouvrit et vit une étiquette minuscule sur laquelle il put lire A. BIZET.

Alphonsine…Peut être lui avaient-ils donné son vrai prénom sans même le savoir ! Le maire plongea sa main dans les profondeurs du sac et en sortit plusieurs objets.

 

–          un petit morceau de papier tout usé,

–          un petit cachemire pelotonné,

–          une boite à couture égarée,

–          un petit couteau qui ne vous quitte jamais,

–          un rapport géologique pour une usine électrique,

 

Au fur et à mesure que les objets s’étalaient, la curiosité des villageois se transformait en gêne palpable.

Le Maire, imperturbable, poursuivait l’inventaire.

Il retira du sac un tube de rouge à lèvre.

Il avait trois côtés dorés et lisses, le quatrième était recouvert d’un miroir un peu rayé. Lorsqu’il  fit sortir délicatement le bâton de rouge couleur fuchsia, ils découvrirent tous étonnés qu’il était presque terminé.

Ils étaient pourtant sûrs qu’Alphonsine ne se maquillait pas. Léonce était le seul à trouver que ça rappelait la couleur de ses lèvres.           

Comme il y avait quelques petits grains de sable collés à la base du bâton, ils se mirent à imaginer qu’elle devait aimer la mer. 

 

Vous avez des lèvres Alphonsine qui m’en rappellent d’autres. Celles d’une femme qui a marqué à jamais ma vie d’homme.

Ses lèvres  étaient les plus sensuelles que je n’ai jamais vues. J’aurais voulu les avaler, les gober comme un fruit trop mur qui éclate au palais, j’imaginais qu’elles avaient un goût de framboise des bois à cause peut-être de leur couleur folle qui respirait la vie. 

Le dessin de sa bouche immobile qu’elle peignait plusieurs fois par jours en fuschia m’évoquait toutes sortes d’images : une hirondelle de couleur, la crête d’une vague, un ourlet de velours, un pétale de rose… 

J’avais eu l’occasion de la voir au réveil bien des fois et je ne suis jamais parvenu à faire la différence entre ses lèvres peintes et ses lèvres non peintes. 

Sa bouche  était surnaturelle au repos, je veux dire quand elle ne parlait pas, quand elle ne riait pas, quand elle n’embrassait pas. C’est votre bouche muette Alphonsine qui me rappelle ses lèvres.

Mais quand ses lèvres, à elle, commençaient à bouger, tout se transformait et tout s’accélérait, comme dans ces petits livres d’images qu’on feuillette d’un doigt pour créer du mouvement. Et alors là je voyais des nuées d’oiseaux frémissants, l’onde de la mer au soleil couchant, une robe de velours tournoyante, un champ de roses sous le vent… 

Sa bouche en mouvement était un voyage et ça nous valut de belles disputes. J’étais tellement pris par ses lèvres framboise que je ne pouvais porter mon attention sur ses mots ; elle m’emmenait ailleurs, c’était plus fort que moi. 

Alors invariablement, les soirs de grand vent, elle finissait par écrire plutôt que de parler : je la voyais fouiller dans son grand sac  et sortir  son fameux rouge à lèvres pour écrire là où ça lui chantait : sur les nappes, sur les meubles, sur les miroirs, tout y passait… Mais ce que je préférais, et ce qui me hante aujourd’hui encore, c’est quand elle se mettait à écrire sur ma peau pour finir par y coller ses lèvres dont je gardais comme un tatouage, des jours durant, la précieuse empreinte. 

Nathalie 

 

Ils avaient ensuite sorti du sac un livre avec ce qui ressemblait à un marque-page, le notaire s’en était aussitôt emparé. Il avait saisi ce petit bout de papier de couleur blanc cassé.

Une, deux, trois voir plus de pliures, comme celles des avions en papier faits par les écoliers facétieux.  On aurait pu penser qu’il s’agissait d’un ticket de cinéma.

 

N’avez-vous jamais aimé, Alphonsine, aller au cinéma, à l’heure du repas de midi ? Vous savez ceux qui fréquentent le cinéma à cet horaire, sont soit des cinéphiles acharnés, soit des amoureux en recherche d’intimité.

Il y a peu de temps, un midi, j’étais assis dans un fauteuil d’un cinéma que je fréquentais dans mon adolescence ; une pensée fulgurante me traversa alors l’esprit, être près de mon Alphonsine  à moi.

 

Allez ! Ce pourrait être vous, mon amour fou de cette époque, non je plaisante !

 

Je nous revois, elle et moi, main dans la main en pleine projection du film «  Au feu les pompiers »  de Milos Forman, un réalisateur tchèque qui avait aussi tourné «  Les amours d’une blonde » mes films préférés des années soixante.

À cette époque, nous aimions vivre d’amour, de pain et d’eau fraîche, et un billet de ciné à nos yeux valait mieux qu’un ticket de resto U.

 On se donnait souvent rendez-vous dans ma chambre mansardée du septième étage.

Elle gravissait les marches, quatre à quatre,  sans jamais être essoufflée quand elle arrivait à ma porte.

Une fois entrée, rituellement, après avoir retiré son imperméable, elle dénouait son foulard qui ceinturait son pull shetland, puis posait tranquillement tous ses vêtements sur l’un des deux lits à une place.

 

Je ne vous choque pas j’espère, l’impudeur des amoureux, c’est l’un des plus durs secrets à partager, vous le savez Alphonsine?

 

Les deux petits lits étaient les  seuls mobiliers de cette chambre avec une commode sans style sur laquelle trônaient un broc d’eau et une cuvette en zinc émaillé.

Pour nous déshabiller, ça allait très vite, et nous nous abandonnions à de multiples caresses.

J’étais heureux de vivre un amour fou, pourtant je savais que dans quelques mois, elle retrouverait son fiancé, à qui elle avait promis le mariage, à ce moment-là il était  militaire. Et elle, me quitterait, moi, à cette époque étudiant dans une école de photographie, alors que mes parents me destinaient au droit.

 

Vous Alphonsine, vous m’auriez choisi n’est-ce pas ? Et comment s’appelle votre amour d’adolescence?  Vous, vous en souvenez ? 

 

Cet été-là, je l’ai suivie, marre disait-elle de ne pas vivre avec moi de vraies nuits. Destination le Mexique.

Vous connaissez le Mexique Alphonsine ?

Ces nuits, nous étions bercés de la chaleur du Pacifique… Elle me parlait souvent de la douleur de Frida Kalho, de sa douleur physique, de son amour pour Diego et de son remariage avec lui.

«  surtout ,disait-elle, je ne pourrais pas supporter une telle douleur, à l’évidence » sauf celle que nous nous infligions à faire l’amour ces nuits-là jusqu’à l’épuisement.

 

À l’automne, de retour à Paris, ce fut au café Cluny, boulevard Saint-Germain, notre dernier rendez-vous.

Face à moi un couple d’amoureux. Les bruits extérieurs, bien loin du souvenir du brouhaha continu de Mai 68, m’éloignaient d’eux, j’entendais à peine leurs chuchotements, les bruits de vaisselle, la serveuse de la brasserie essuyant le zinc du bar de son linge humide, odeur âcre, amère comme ce café tiède que je buvais seul debout au comptoir face au reflet de ce couple dans le miroir.

15 heures, ton cours à la fac devait être terminé depuis plus d’une heure. Je t’attendais, et eux qui se désiraient, s’embrassaient, jouissaient, eux dans ce café notre bar, le café Cluny.

 

Toi qui n’arriverais pas.

Encore une cigarette, bientôt 17 heures.

De mon sac besace, je sortis mon Yashica 6X6 et shootai sur eux.

 

Elle n’est  jamais revenue, ma dernière photo est celle du bar Le Cluny boulevard Saint Germain du quartier latin.

 

Vous comprenez Alphonsine, j’étais désespéré. 

 

En refermant le livre, un billet de train tomba aux pieds du Maire. Il n’y a rien qui ne ressemble plus à un billet de train qu’un billet de train. On ne pouvait lire ni la ville d’arrivée, ni la ville de départ. Encore une découverte qui laissait chacun sur sa faim.

 

« Alphonsine, vous me rappelez une femme que j’ai rencontrée dans un train, il y a longtemps. Votre air, votre silhouette, c’est drôle je la revois en vous.

C’était le jour du printemps. J’étais installée depuis quelques minutes à la place 36, côté fenêtre. Vous aimez le train Alphonsine ? 

Je venais de quitter le lit douillet de Thomas: j’évoluais encore dans un nuage de coton onctueux.

Je me demandais combien de valises pourraient s’imbriquer dans les porte-bagages du wagon. « Sachant qu’il y a 64 fauteuils dans ce wagon, si chaque voyageur avait avec lui deux bagages d’un mètre cube chacun, le volume de cet espace serait-il suffisant ? » Vous ne vous posez jamais ce genre de questions Alphonsine ?

Une femme m’a adressé un bonjour enjoué et souriant avant de s’asseoir à mes côtés. Ce n’était pas un bonjour fade de circonstance mais une pétillante entrée en matière.

D’ordinaire je fuis les transports en commun et coche toujours la case solo quand je réserve ma place. Si par malheur je dois me coltiner un voisin de siège je m’empresse de déposer sur mon visage une expression aussi chaleureuse que celle d’une huitre pêchée au large de Fukushima. Et pour contrer les intrépides qui malgré tout s’entêteraient à me faire la conversation, je déploie ostensiblement mon arme secrète : les boules Quies. Vous avez déjà essayé ? C’est étonnant ; on entend son cœur battre….

 

Alphonsine, saviez-vous qu’une étude sociologique suédoise a démontré que lorsqu’il reste plusieurs places libres dans un bus les occidentaux vont d’emblée s’asseoir le plus loin possible de celles déjà occupées, alors qu’en Amérique du Sud, les passagers vont de préférence s’installer à côté d’une autre personne, quand bien même il resterait des places libres sans voisin ?

« Combien de temps devrais- je vivre au Chili pour inverser personnellement cette habitude culturelle? Deux ans ? Dix ans ? Cinquante ?» Et vous Alphonsine vous êtes déjà allée au Chili ?

Bref, ce matin-là, c’était différent. Je ne saurais dire si c’était la montée de sève liée au printemps ou les effets des endorphines libérées par Thomas, mais elle pénétrera ma forteresse. C’était une rencontre rare et précieuse.

Vous avez déjà vécu ça Alphonsine ?

Le temps d’un Paris-Bordeaux je lui racontais plus de détails de ma vie que je n’en donnais à Monsieur Legoût mon analyste.  D’ailleurs au rythme de trois séances par semaine depuis déjà cinq années, il doit avoir fait construire une piscine à débordement dans son jardin grâce à mes névroses. Savez-vous nager Alphonsine ? Je vous imagine bien en brasse papillon…

 

 

Le sac d’Alphonsine était une vraie caverne d’Ali Baba, une épicerie de souvenirs, un bazar ambulant.

Chacun y allait de son commentaire :« Non ces objets ne lui appartenaient pas, c’est sûr. »

Ils étaient des indices pour sa mémoire, ils témoignaient de quelque chose, on les lui aurait offert comme on fait une offrande.

Elle les aurait volés comme on vole une histoire pour vivre une autre vie. Elle les collectionnait comme un grand livre ouvert.

Au fond, son sac, qu’on aurait pu imaginer sans fond, c’était un arbre à histoires.

 

Eh ho ! … Houhou ! Je suis là, vous m’avez oublié. Je me souviens de la première fois où je l’ai vue. J’étais allongé sur une table. Elle est passée devant moi, marchant d’un pas tranquille. Elle était vêtue d’une grande robe à fleurs, un foulard vert pomme négligemment posé sur ses épaules et un sac en cuir qui pendait le long de sa hanche. Son regard s’est alors posé sur la table. J’espérais tant qu’elle me remarque. Moi je la regardais, discrètement, je ne voulais pas m’imposer à elle, je voulais qu’elle me choisisse. Quand je l’ai aperçue, j’ai su que ce serait elle, il fallait que ce soit elle, je voulais me pavaner à ses cotés.

 

Et elle m’a vu. Elle a tout de suite avancé la main pour poser une caresse sur ma peau vieillie. Quel bonheur ! Elle a demandé mon prix et elle n’a pas hésité une seconde pour m’emmener avec elle. Et me voilà quittant Paris pour une nouvelle vie.

Je prenais de la place dans son sac à main, et pourtant elle ne se séparait jamais de moi. Je jubilais dès que l’on entrait dans une épicerie ou un café car je savais qu’elle aurait besoin de moi pour régler la note et je savourais d’avance le moment où elle allait glisser sa main dans son sac, me chercher, me trouver, m’ouvrir pour m’alléger de quelques pièces, puis me glisser de nouveau dans le sac avec tellement de précautions que je me sentais chaque fois plus précieux à ses yeux.

Il y a quelques temps, j’ai eu un étrange pressentiment, celui de l’abandon. J’allais me retrouver seul à nouveau, je ne la sentirais plus me chercher. Ce jour là elle a déposé sur ma peau la plus longue et la plus légère des caresses qu’elle ne m’avait jamais donnée. Je pouvais voir ses yeux briller. Elle a fini par se lever, elle m’a soigneusement replacée dans le sac parmi tout le fatras qui y régnait depuis de longues années puis j’ai entendu ses pas s’éloigner. Je l’ai attendue. Espoir vain.

 

un peu d’ici, un peu d’ailleurs

un grand sourire, des yeux rieurs

La main tendue, le cœur rêveur,

Toujours ici parfois  ailleurs.

 

On la rencontre et elle s’estompe

Si on l’approche elle s’effiloche

On lui sourit, elle est partie

 

Toujours entière, insaisissable

un peu d’ici, un peu d’ailleurs

la tête en l’air, et l’air rêveur

Toujours ici  même si ailleurs

 

A mon tour je leur ai raconté comment je l’avais trouvé un jour sur une plage.

Elle était assise au bord de la falaise les pieds dans le vide, – – ses longs cheveux blancs dans le vent.

Elle était assise et elle parlait à la mer, aux vagues et aux embruns. Je l’observais de loin,- – je restais derrière elle à l’abri des regards. Elle avait quelque chose de tendre, j’avais envie de m’approcher d’elle, et de simplement la prendre dans mes bras, mais cela ne se fait pas.

Je revenais la voir chaque jour, – – -ses cheveux emmêlés ressemblaient de plus en plus aux filets des pêcheurs abandonnés sur le port.

Elle défilait un long châle blanc et le fil de laine se mélangeait à ses cheveux et aux rochers.

Chaque jour son corps semblait rétrécir et sa voix devenait plus profonde, plus grave, elle parlait sans jamais s’arrêter.

Je n’ai jamais été assez prés d’elle pour entendre ce qu’elle disait.

Je n’avais jamais vu quelqu’un parler autant, de jour comme de nuit elle parlait, comme un enfant qui pleure quand il est fatigué et qui ne s’arrête jamais. Elle semblait parler comme on respire, sans y penser.

Au fur et à mesure qu’elle parlait c’est comme si elle se vidait, – peu à peu, elle déversait ses mots dans la mer et le fil de laine à ses pieds.

 

Et puis un matin, j’ai vu tout l’écheveau de laine flotter dans l’eau, – – les poissons s’amusaient à passer entre les mailles. – – – A sa place sur son rocher un cahier rempli de nom de ville.

C’est comme ça que j’ai retrouvé le village.

J’ai suivi des mois durant les traces d’Alphonsine, voyageant de ville en ville, et j’ai écrit dans son petit cahier…

 

Il y a les villes où j’ai habité.

Quelques jours, quelques mois.

Moins souvent des années.

 

Parfois j’en suis parti en catastrophe.

Parfois j’y étais bien, j’aurai voulu rester mais je n’ai pas pu.

 

Il y a des villes où, tournant à un coin de la rue,     je me retrouvais devant ce qui restait d’un clocher illuminé, … pourtant je ne l’avais jamais remarqué.

Il y a des villes où je me posais sur le quai à regarder le ciel qui semblait si haut.

 

Il y a la ville où je ne suis jamais revenu parce qu’il y avait trop de souvenirs.

Il y a celle où il m’est arrivé quelque chose.

Il y a celles que j’ai trouvées moches. 

 

Il y a des villes qui ne sont que des noms de gares, en attente d’une correspondance ou filant devant mes yeux,   la nuit, de la fenêtre d’un train.

 

A la fin de ma vie elles seront toutes avec moi.

Ma ville natale partagera mon cœur avec celle où j’aurai choisi de vivre.

 

Il y a des villes où je me sentirai toujours comme chez moi, même si j’ai la sensation de n’appartenir à aucune.

 

Mais toutes resteront gravées dans ma mémoire

 

J’ai posé le cahier dans le champ de Léonce au bord de la rivière.

Aujourd’hui moi aussi je parle à Alphonsine. Quand la nuit tombe, quand le soleil brille, juste comme ça, quand j’ai besoin d’elle, je me crée un endroit et je lui parle à haute voix jusqu’à m’endormir       rassuré de savoir que je ne suis pas seul. Un peu comme si je la connaissais depuis toujours – sans pourtant ne jamais l’avoir réellement rencontré.

~Et je vais bien. ~

 

Thème musical sans le texte.